Introduction
Pour la première fois depuis plus d’une décennie, aucun film coréen n’avait été sélectionné au Festival de Cannes. Une absence inhabituelle pour une industrie habituée à briller sur la Croisette, avec des œuvres devenues cultes dans la foulée, de Oldboy à Parasite. Simple concours de circonstances, ou symptôme d’un déséquilibre plus profond ?
En 2026, la Corée du Sud signe son retour avec deux films très attendus : Hope, de Na Hong-jin, en Sélection officielle, et Colony, de Yeon Sang-ho, en Séances de minuit. Deux noms, deux styles, mais un même enjeu : prouver que le cinéma coréen n’a pas dit son dernier mot face à la montée en puissance des plateformes.
Un retour symbolique en compétition
Avec Hope, Na Hong-jin fait un retour très attendu derrière la caméra, dix ans après The Wailing. Et avec brio, puisqu’on le retrouve en Sélection officielle, en lice pour la Palme d’or.
Et l’annonce sonne comme un petit soulagement : depuis Decision to Leave de Park Chan-wook en 2022, aucun film coréen n’avait réussi à se hisser à ce niveau. Et ces quelques années ont suffi à modifier profondément le paysage cinématographique coréen : moins de films produits, des salles en difficulté. Et surtout, des plateformes – Netflix en tête – qui captent une part croissante des investissements et des talents.
Avec un budget estimé à plus de 50 milliards de wons (environ 34 millions d’euros), Hope s’inscrit dans une logique de grand spectacle international, porté par un casting hybride. Car la présence d’Alicia Vikander ou de Michael Fassbender aux côtés de Hwang Jung-min, Zo In-sung ou Jung Ho-yeon annonce la couleur : le film est calibré pour cartonner à l’international.
Colony : le genre comme valeur sûre

De son côté, Colony joue la carte du genre pur. Déjà invité à Cannes avec Train to Busan, Yeon Sang-ho revient en séance de minuit avec un thriller de zombies sur fond de contamination évolutive. Un terrain qu’il maîtrise, et qui a largement contribué à l’export du cinéma coréen ces dernières années.
Si elles n’ouvrent pas la voie à une potentielle Palme d’Or, les Séances de minuit n’ont rien d’un « lot de consolation ». C’est même l’un des rendez-vous les plus attendus du Festival. On y découvre chaque année des films chocs, souvent provoquants, et qui finissent régulièrement par devenir cultes, à l’image de Trainspotting.
Réunissant Jun Ji-hyun, absente du grand écran depuis plus d’une décennie, Koo Kyo-hwan et Ji Chang-wook, Colony coche toutes les cases pour suivre cette trajectoire : casting bankable, concept efficace, potentiel international.
Derrière ce retour, une industrie sous pression
Ce retour à Cannes ne suffit pas à masquer tout à fait les tensions qui traversent actuellement l’industrie coréenne du cinéma. La fréquentation en salles peine toujours à retrouver son niveau d’avant la pandémie, tandis que les plateformes attirent de plus en plus de financements… et de créateurs.
Résultat : moins de films pensés pour le grand écran, et davantage de contenus calibrés pour le streaming. L’absence de films coréens sur la Croisette en 2025 avait agi comme un petit électrochoc – car au-delà du Festival, Cannes est aussi un baromètre du marché du film.
Cannes, vitrine stratégique pour la Corée

La sélection de Hope et Colony à Cannes intervient dans une année particulière, puisque Park Chan-wook a été nommé président du jury, une première pour un réalisateur coréen.
Pour l’industrie du cinéma coréen, l’enjeu est donc double : reconquérir sa place dans le circuit des grands festivals, mais aussi rappeler que les films coréens ne se résument pas aux titres produits par Netflix.

Laisser un commentaire