Illumination : lumière sur l’art numérique coréen

Affiche de l'exposition Illumination à la Fondation Fiminco en avril 2026

Les manifestations culturelles organisées dans le cadre du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France se poursuivent, et elles offrent de nombreuses opportunités de découvrir de nouvelles facettes de la création artistique en Corée du Sud – au-delà de la K-pop et des K-dramas.

 Du 24 avril au 21 juin 2026, la Fondation Fiminco accueille Illumination, une exposition dédiée à Yiyun Kang, figure majeure de l’art numérique coréen, et à de jeunes artistes émergents. Chacun s’empare à sa manière d’un sujet devenu central – l’intelligence artificielle – pour en proposer une lecture à la fois esthétique, critique et profondément humaine.

Loin des discours technophiles ou catastrophistes, ces œuvres interrogent notre rapport au progrès et à la technologie, et à notre propre place dans un monde de plus en plus automatisé.

Une immersion entre éveil et révélation

Déployée dans la Chaufferie – un vaste espace de 12000 m² et 14 mètres de hauteur sous plafond – c’est l’exposition de Yiyun Kang qui se dévoile la première. L’artiste (s’)interroge sur le chaos contemporain né de l’accélération technologique – et plus précisément de l’intelligence artificielle – à travers trois installations.

Great Anxiety exprime le malaise mondial face à la montée de l’IA et à ses conséquences : destruction des emplois, dépendance ou dérive systémique. Ici, les données abstraites prennent corps pour créer une expérience immersive – une vaste membrane métallique réagit aux flux lumineux et sonores envahissant l’espace de reflets argentés et rouges.

Cette expérience entre beauté fascinante et angoisse troublante se poursuit par Echo Chamber, installation tout aussi ambivalente puisqu’elle confronte deux discours : celui de l’optimisme aveugle et celui d’un pessimisme fataliste. Véritable exercice d’émancipation, l’œuvre interroge notre capacité de jugement et d’action. Elle reflète parfaitement un environnement quotidien aujourd’hui saturé d’informations, qui rend parfois difficile le simple fait de réfléchir et de se forger une opinion.

Entanglement, installation de l'artiste coréenne Yiyun Kang lors de l'exposition Illumination

Le parcours s’achève sur Entanglement, vidéo immersive qui met en scène l’entrelacement du biologique et du numérique, avec une proposition : cesser d’opposer humain et technologie pour aller vers une coévolution. Plus paisible, cette installation raconte une vision moins anxiogène du futur, sans pour autant nier les tensions abordées plus tôt.

Illumination se poursuit par une exposition collective consacrée à quatre artistes émergents. Hayoung, Jisoo Yoo, Youngchan Ko et Intae Hwang invitent à une réflexion – comment habiter un monde façonné par l’intelligence artificielle, les données et les systèmes invisibles qui redéfinissent nos perceptions ?- à travers un parcours entre immersion et expérimentation.

Installation DATA PERFUME par HAYOUNG pour l'exposition ILLUMINATION
Vue de l’installation, Jan van Eyck Academie, Maastricht, Pays-Bas, 2024. Courtesy de l’artiste © Adagp, Paris, 2026

Hayoung explore la matérialité des données en les transformant… en parfum.

Installation de l'artiste Jisoo Yoo pour l'exposition ILLUMINATION
Jisoo Yoo, Je(u), 2022 ©Jisoo Yoo

Jisoo Yoo capte les gestes des visiteurs pour les convertir en formes numériques mouvantes.

Installation de l'artiste Intae Hwang, Goldilocks, 2025
Intae Hwang, Goldilocks, 2025
Video de l'artiste Youngchan Ko pour l'exposition ILLUMINATION
© Youngchan Ko

Intae Hwang confronte les fantasmes climatiques aux données réelles, tandis que Youngchan Ko propose une lecture du monde depuis ses espaces souterrains. Des approches expérimentales différentes qui partagent toutes même volonté de rendre visible ce qui ne l’est pas — flux, données, systèmes — et de questionner leur impact sur nos perceptions.

Illumination : qui sont les artistes ?

Yiyun Kang

Portrait de l'artiste coréenne Yiyun Kang

Formée à la peinture à l’Université nationale de Séoul, Yiyun Kang poursuit ses études à UCLA avant d’obtenir un doctorat au Royal College of Art (RCA) de Londres. Aujourd’hui professeure émérite du KAIST (l’Institut supérieur coréen des sciences et technologies) et membre de la Royal Society of Arts (RSA), elle contribue, à la diffusion internationale de la culture coréenne à l’intersection de l’art et de la technologie.

Artiste reconnue sur la scène internationale, Yiyun Kang collabore avec de nombreuses institutions culturelles et entreprises. En 2023, elle travaille notamment avec la NASA et Google et présente une exposition personnelle au sein de la Bluezone de la COP de Dubaï. La même année, elle collabore avec Dassault Systèmes pour la création d’une projection monumentale sur la façade du Dongdaemun Design Plaza, intitulée GEOFUTURE. En 2024, elle est invitée à participer à Seoul Design 2024, une exposition thématique coorganisée par le gouvernement métropolitain de Séoul et la Seoul Design Foundation, et présente également une exposition exclusive au DDP, LIGHT ARCHITECTURE. Cette installation de grande envergure explore l’intelligence artificielle à travers le concept de « boite noire de l’IA ». En 2025, elle expose au Shinsegae Heritage Museum à l’occasion de sa première exposition personnelle à Séoul. L’année dernière, en 2025, elle présente une exposition personnelle au Shinsegae Heritage Museum.

Chez Yiyun Kang, la technologie n’est jamais un simple outil. Elle devient une matière, presque vivante, capable de transformer l’espace et les perceptions. Ses installations ne cherchent pas à expliquer l’intelligence artificielle, elles en traduisent les effets. Une lumière qui envahit l’espace, un son qui enveloppe, une sensation qui s’impose avant même que l’on comprenne : son travail s’applique à rendre visible ce qui, d’ordinaire, nous échappe.

Hayoung

Portrait de HaYoung
© Gaetan-Dubroca

Chez Hayoung, tout commence par une question simple : comment donner une forme à l’invisible ? Né·e en 1993 à Daegu et formé·e entre la Corée et la France, à la Villa Arson, iel développe une pratique qui échappe aux catégories. Vidéo, sculpture, dessin… et même parfum deviennent autant de langages pour traduire un monde saturé de données.

Avec DATA PERFUME®, les traces numériques se transforment en odeurs. Une proposition inattendue, presque déroutante, qui déplace le regard. Ici, la technologie ne se regarde pas, elle se respire. Une manière de ramener au corps ce qui semble, à première vue, totalement abstrait.

Intae Hwang

Encore étudiant, déjà pleinement inscrit dans une scène expérimentale, Intae Hwang fait partie de ces artistes pour qui la technologie est un terrain de jeu autant qu’un sujet. Formé au KAIST, au croisement du design et de l’informatique, il travaille au sein du XD Lab, où se croisent recherche scientifique et création artistique.

Son projet Goldilocks met face à face deux réalités : celle que l’on imagine et celle que les données révèlent. Le climat idéal rêvé par le public se confronte aux données réelles, et l’écart devient évident. Sans discours, sans démonstration, l’œuvre agit comme un révélateur.

Youngchan Ko

Portrait de l'artiste Youngchan Ko
© Youngchan Ko

Avant l’art, Youngchan Ko s’est formé à la géoinformatique. Une approche qui laisse des traces dans son travail, nourri par l’enquête et l’observation. Passé par la Villa Arson, il développe aujourd’hui une pratique principalement vidéo, entre recherche et narration.

Ses œuvres s’intéressent à ce que l’on ne voit pas. Espaces souterrains, zones périphériques, récits en marge. Là où d’autres regardent en surface, lui creuse. Son travail propose une autre cartographie du monde, plus discrète, mais tout aussi révélatrice des transformations en cours.

Jisoo Yoo

Portrait de l'artiste Jisoo Yoo
© Manuel Abella

Chez Jisoo Yoo, rien n’est totalement stable. Basée entre Lille et Pantin, elle construit des installations où les formes se délitent, se recomposent, disparaissent presque sous nos yeux.

En captant les gestes du corps pour les transformer en images numériques, elle brouille les frontières entre réel et virtuel. Ce que l’on pensait solide devient instable, ce que l’on croyait fixe se met en mouvement. Une manière de rappeler que nos repères, eux aussi, sont en train de se transformer.

Infos pratiques

Du mardi au vendredi : 14h00 à 18h00
Le samedi : 14h00 à 19h00
Entrée libre et gratuite

FONDATION FIMINCO
43 rue de la Commune de Paris
93230 Romainville

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